
Mwene-Ditu s’apprête à vivre l’une des opérations sanitaires les plus cruciales de son histoire récente. Dans une ville où les ruelles grouillent de vie et où les marchés bourdonnent dès l’aube, un autre bruit, plus discret mais chargé d’inquiétude, traverse désormais les quartiers : celui de la menace persistante de la poliomyélite.
À partir du 26 novembre, une vaste campagne de vaccination sera officiellement lancée au petit marché de Koloboyi dans la commune de Musadi. Derrière cette date, une urgence silencieuse : 403 029 enfants, âgés de 0 à 59 mois, attendent une protection qui pour beaucoup, décidera du reste de leur existence.
Le docteur Émile Mukonkole, responsable de l’antenne locale du Programme élargi de vaccination (PEV), a rencontré la presse avec un ton mesuré mais ferme. Dans ses explications, une phrase a glacé l’auditoire :
« La poliomyélite est une maladie incurable qui peut frapper en quelques heures. Une fièvre, puis un membre qui se fige… et la vie bascule. »
Pour affronter cette menace, une stratégie renforcée a été adoptée : quatre gouttes de vaccin seront administrées à chaque enfant, le double de la dose habituelle.
Objectif : saturer toute brèche immunitaire dans une région où les déplacements, les marchés et les faibles niveaux d’hygiène peuvent favoriser la circulation du virus.
La campagne, prévue du 27 au 29 novembre, reposera sur deux armes vaccinales :
- nVPO2, ciblant la souche de type 2,
- VPOb, conçu pour neutraliser les types 1 et 3.
Derrière ces sigles techniques se joue une lutte vitale : empêcher le virus de se faufiler encore une fois parmi les enfants non protégés.
La poliomyélite, maladie que certains croient déjà reléguée au passé, demeure pourtant tapie dans l’ombre. Elle se propage par l’eau, les mains, les objets du quotidien.
Et lorsque le virus atteint un organisme non immunisé, la progression peut être fulgurante : un soir une fièvre, un matin une paralysie irréversible.
Dans les hôpitaux de Lomami, des médecins se souviennent encore des cas isolés de paralysies soudaines, ces silences lourds où l’on comprend que rien ne pourra rendre la mobilité à un enfant frappé par la poliomyélite.
La peur ici n’a jamais totalement disparu.
Le PEV Mwene-Ditu a élargi son dispositif à sept zones de santé :
Kalenda, Kamiji, Kandakanda, Lupata, Makota, Mwene-Ditu et Wikong.
Des équipes parcourront villages, ruelles, écoles et marchés pour atteindre chaque enfant inscrit dans les registres, mais aussi ceux qui n’y figurent pas.
Car l’enjeu, répètent les autorités sanitaires, ne tolère aucune approximation : un seul enfant non vacciné suffit à remettre toute une région en danger.
Face à cette menace qui avance sans bruit, le docteur Mukonkole appelle à une mobilisation totale.
Les familles sont invitées non seulement à présenter leurs enfants aux équipes de vaccination, mais aussi à adopter des gestes simples : lavage régulier des mains, gestion correcte des déchets, protection de l’eau de consommation.
Des gestes modestes, mais qui dans cette bataille peuvent sauver des vies.
Par Ben AMSINI
