
À l’hôtel Hilton, la grande salle brillait sous les projecteurs, mais l’atmosphère, elle, était lourde d’une tension presque palpable. Ce jeudi 20 novembre, cent jeunes Congolaises ont vu leur destin basculer : elles ont décroché des bourses universitaires en sciences et technologies, au terme de la deuxième édition du concours Mathématiques au Féminin.
Un événement pensé pour célébrer l’excellence, mais dont les enjeux éducatifs, sociaux et symboliques dépassent de loin les murs feutrés d’une cérémonie officielle.
Organisée par la LIZADEEL, en collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, le ministère du Genre et l’appui de l’UNESCO, de l’ONU Femmes et d’Airtel Afrique, cette initiative s’inscrit dans un combat vieux de plusieurs décennies : briser l’inégalité de genre dans les sciences.
Cette année la compétition a attiré un nombre record de participantes, témoignant d’une dynamique nouvelle. Dans un pays où les filles sont encore trop souvent découragées de poursuivre les filières STEM, l’événement fait figure de rupture presque d’acte de résistance.
« Persévérance, rigueur, passion », résume Esther Kay, directrice des programmes de la LIZADEEL.
Elle décrit une épreuve exigeante, durant laquelle les candidates ont dû affronter la pression, le doute et la peur de décevoir.
« Maths au féminin ouvre la voie à une génération de femmes prêtes à transformer le monde par leur audace et leur discipline », affirme-t-elle.
Dans un pays marqué par les obstacles scolaires, manque d’enseignants qualifiés, infrastructures précaires, discriminations silencieuses, le choix de récompenser 100 lauréates prend une dimension presque stratégique : encourager celles qui persistent malgré tout.
La Ministre du Genre, Micheline Ombae Kalama, a salué des « jeunes femmes qui défient les habitudes, renversent les clichés et réécrivent le récit de leur avenir ».
Son discours ferme et vibrant, a souligné l’importance d’une éducation féminine non comme exception, mais comme norme.
Pour Airtel Afrique principal partenaire financier, ces bourses permettent d’ouvrir une brèche dans un système où les talents féminins restent trop souvent invisibles.
L’UNESCO par la voix du Dr Isaias Barreto da Rosa, rappelle que les mathématiques constituent un langage universel et que l’exclusion des filles est une perte nationale.
Le vice-ministre de l’Éducation, Théodore Kazadi, représentant la ministre d’État Raïssa Malu, a remercié les partenaires avant de situer l’événement dans le plan quinquennal du gouvernement :
« Les sciences et les technologies ne sont pas un terrain réservé. Les femmes y ont toute leur place — et leur réussite le prouve. »
Il a salué la vision du Président Félix-Antoine Tshisekedi et de la Première ministre Judith Suminwa, qui ont fait de l’éducation des filles un axe prioritaire de gouvernance.
Les lauréates proviennent de plus de 200 écoles de Kinshasa.
Certaines n’avaient jamais mis les pieds dans un hôtel de luxe.
La plupart n’avaient encore jamais reçu une distinction officielle.
Toutes ont franchi la scène sous un mélange de joie, de vertige et d’incrédulité.
À quelques mètres des caméras, certaines retenaient des larmes ; d’autres serraient leur diplôme comme un talisman.
Car derrière chaque sourire se cache un récit de sacrifices, de nuits blanches, autant d’histoires qui donnent à ce concours une dimension presque dramatique.
Avec ces bourses, les cent lauréates pourront accéder à des études universitaires en mathématiques, ingénierie, informatique ou sciences appliquées.
Un chemin qui pour beaucoup aurait été hors de portée.
Mais dans un pays où les défis éducatifs sont immenses, leur réussite représente aussi une forme d’avertissement : l’excellence existe bel et bien, encore faut-il lui offrir un avenir.
Par Ben AMSINI
